La Boucle Solidaire est un projet expérimental développé sur le campus de l’Université de Toulouse visant à relier la gestion des eaux usées, l’agriculture locale et la solidarité étudiante. Dans un contexte marqué par la raréfaction de la ressource en eau dans le sud de la France et par une précarité étudiante croissante avec une hausse du coût de la vie d’environ 20%depuis 2017 d'après l’INSEE, ce projet propose de recycler et valoriser localement les ressources. Son objectif est de générer un impact à la fois environnemental, économique et social, en s’inscrivant dans une dynamique de transition écologique soutenue notamment par la Fondation Catalyses qui finance depuis 2009 des projets pluridisciplinaires associant écologie, innovation et solidarité.
« Qu’est-ce que la boucle solidaire du campus de Toulouse ? »
Concrètement, ce projet s’appuie sur le démonstrateur ReUse de filtrOCampus, développé en collaboration avec plusieurs acteurs du campus, notamment les unités mixtes de recherche tel que IRIT , CRBE et LGC, ainsi que le laboratoire Laplace, le programme neOCampus et l’Université de Toulouse. Ce démonstrateur se base sur un filtre planté qui permet de traiter les eaux domestiques d’un bâtiment d’enseignement afin de produire une eau réutilisable. Les eaux domestiques sont les eaux usées provenant des activités quotidiennes dans les habitations. Cette eau est destinée ensuite à l'irrigation des jardins agroécologiques du campus présent devant le 4R1. La production issue de ces jardins tels que les fruits et les légumes est destinée à alimenter l’épicerie solidaire Le Petit Sab’lé, portée par le Pôle Accompagnement Social et Administratif des Étudiants. Cette épicerie accompagne toute l’année des étudiants et des membres du personnel dans la précarité.
« Pourquoi mettre en place une boucle solidaire sur le campus de l’UT ? »
Mettre en place une boucle solidaire sur le campus de l’Université de Toulouse s’inscrit dans une volonté de repenser la gestion de l’eau en sortant d’une logique dite « end-of-pipe », c’est-à-dire de traiter l’eau uniquement à la fin du système sans valorisation locale. En effet, à travers une approche de type living lab, le campus devient un terrain d’expérimentation à grande échelle, favorisant l’innovation, l’apprentissage collectif et l’implication des usagers. L’eau n’est plus considérée comme un déchet mais comme une ressource pouvant être réintégrées dans des cycles locaux et courts
La mise en place de ce projet expérimental permettra ainsi de répondre aux enjeux environnementaux actuels tout en créant de la valeur sociale à l’échelle du territoire. Ce projet repose ainsi sur l’idée de relier différents acteurs du campus et de les rendre visibles à travers le recyclage de l’eau.
La boucle solidaire Plaquette 1
« Quelles sont les problématiques de mise en place de cette boucle ? »
La mise en place de cette boucle de réutilisation des eaux usées présente plusieurs défis. Tout d’abord, les jardins subissent des vols et des dégradations à l’heure actuelle, ce qui diminue la production des fruits et des légumes chaque année. Un autre enjeu concerne la qualité sanitaire de l’eau qui doit être en accord avec la réglementation qui est très stricte en France.
L’eau filtrée n’est pour l’instant pas encore collectée et est rejetée dans les systèmes des eaux usées de la ville de Toulouse. Il s'agit pour l’instant d’une phase d’en recherche associant Génie des procédés et Ecologie visant à évaluer l'efficacité du système de filtration d’un filtre planté. De plus, dans la phase actuelle de test, des micro-organismes pathogènes peuvent encore être présents. Or, pour une utilisation en agriculture, l’eau doit respecter des seuils précis définis par le Règlement (UE) 2020/741, qui encadre la réutilisation des eaux usées pour l’irrigation agricole. Le projet prévoit donc d’améliorer le traitement grâce à une double filtration utilisant différents substrats, comme le sable et le charbon, afin d’atteindre les normes réglementaires. En effet, le sable sert à retenir les particules et certains micro-organismes, tandis que le charbon enlève les polluants chimiques. Pour le moment, l’eau produite n’est pas encore adaptée à l’irrigation de cultures alimentaires, mais elle peut être utilisée pour l’arrosage des espaces verts ou des terrains sportifs. Riche en nutriments, elle peut favoriser la croissance et la bonne santé des plantes.
« Quelle est la perspective de ce projet ? »
Lorsque l’eau aura atteint les normes réglementaires et sera collectée, elle pourra être utilisée pour arroser les jardins agroécologiques ; la boucle pourra alors fonctionner. La perspective sur le long terme est de créer une boucle complète selon le concept un bâtiment, un filtre et un jardin, et dont le modèle pourrait être déployé sur l’ensemble du campus et au-delà. Si ce modèle fonctionne sur le campus de Toulouse, il pourrait être répliqué dans d’autres universités ou quartiers et ainsi changer les mentalités en montrant que l’eau usée n’est pas un déchet, mais une ressource pouvant alimenter des jardins, entretenir les espaces verts ou soutenir d’autres initiatives concrètes. Un projet de ce type dépasse l’innovation technique : il peut avoir un impact réel sur la conscience écologique, éveillant les esprits et incitant à adopter des pratiques durables.
La boucle solidaire Plaquette 4
Un projet mené par Jade Scheubel, étudiante en M1 Biodiversité, écologie et évolution (BEE), parcours écologie et évolution (EE) à l’Université de Toulouse, dans le cadre de son stage sous la direction de Magali Gerino, professeure titulaire en sciences de l'environnement et membre de l'équipe BIOECO au Centre de Recherche sur la Biodiversité et l'Environnement.